
Au décès d’un proche, les comptes qu’il détenait en Israël cessent d’être accessibles. Pour des héritiers qui vivent en France, ce gel tourne vite au blocage durable : la banque israélienne applique ses propres exigences, et ni un acte de notoriété français ni un certificat successoral européen ne suffisent à les satisfaire. Voici ce que la banque attend réellement, et le moment où la nomination d’un administrateur de succession devient la seule issue.
I. Pourquoi la banque gèle le compte dès l’annonce du décès
Dès qu’un établissement israélien est informé du décès de son client, il suspend le fonctionnement du compte : retraits, virements et moyens de paiement cessent d’être utilisables. Ce gel n’est ni une sanction ni une lenteur administrative : la banque n’a aucune qualité pour décider qui hérite, et elle engagerait sa responsabilité en remettant les fonds à qui n’y a pas droit.
Deux malentendus reviennent systématiquement :
- Les procurations bancaires données du vivant ne survivent pas au décès. Le mandat prend fin avec la mort du mandant : un enfant qui disposait d’une signature sur le compte de son parent perd cet accès au décès, même si la banque n’a pas encore réagi.
- Le compte joint et la clause de survie ne règlent pas tout. La clause prévoyant que le survivant conserve le compte organise le rapport avec la banque, mais elle ne tranche pas à elle seule la propriété des fonds entre héritiers — source récurrente de contentieux.
II. Les pièces que la banque israélienne exige avant tout déblocage
Le document central est la décision qui désigne les héritiers :
- l’ordonnance d’hérédité — Tsav Yerusha (צו ירושה) lorsqu’il n’y a pas de testament ;
- l’homologation du testament — Tsav Kiyum Tsavaa (צו קיום צוואה) lorsqu’il en existe un.
Cette décision est délivrée par le Registraire des successions — Rasham LeInyanei Yerusha (רשם לענייני ירושה), ou par le Tribunal des affaires familiales lorsque le dossier est contentieux ou qu’un élément d’extranéité l’impose. En Israël, c’est l’avocat qui dépose la requête et conduit la procédure. S’y ajoutent, en pratique, des exigences propres à chaque établissement :
- l’identification de chaque héritier, avec des pièces traduites et revêtues de l’apostille lorsqu’elles émanent d’une autorité étrangère ;
- une procuration notariée — Yipouy Koach Notarioni (ייפוי כוח נוטריוני) lorsqu’un héritier ne peut pas se déplacer en Israël ;
- des justificatifs de conformité et de résidence fiscale, la banque interrogeant systématiquement la situation des héritiers non-résidents avant d’autoriser un transfert vers l’étranger.
Le formalisme varie sensiblement d’une banque à l’autre, parfois d’une agence à l’autre : mieux vaut faire vérifier la liste des pièces avant de lancer traductions et légalisations, dont le coût et les délais s’additionnent vite.
III. Quand le déblocage se heurte à un mur : le rôle du Menahel Izavon
L’ordonnance d’hérédité désigne les héritiers ; elle ne fait pas fonctionner le compte pour autant. Lorsque plusieurs héritiers doivent agir ensemble et qu’un seul se dérobe, rien n’avance. C’est là qu’intervient l’administrateur de succession — Menahel Izavon (מנהל עיזבון), dont la nomination se demande au Registraire ou au Tribunal des affaires familiales. Les situations qui le justifient le plus souvent :
- des héritiers qui ne s’accordent pas, ou dont l’un refuse de signer les formulaires bancaires ;
- la présence d’héritiers mineurs ou protégés, qui appelle l’intervention de l’Administrateur général — Apotropos HaKlali (האפוטרופוס הכללי) ;
- des dettes et des créanciers à désintéresser avant toute répartition ;
- un héritier introuvable ou injoignable ;
- une succession éclatée entre plusieurs comptes, portefeuilles de titres ou coffres.
Nommé à titre provisoire ou définitif, l’administrateur devient l’interlocuteur unique de la banque : il obtient l’accès aux relevés, rassemble les actifs, dresse l’inventaire de la succession — Pirtat HaIzavon (פרטת העיזבון) et rend compte de sa gestion. Ses pouvoirs sont encadrés : l’autorité qui l’a nommé peut exiger une caution (ערובה), et certains actes importants supposent une autorisation préalable. Cet encadrement est précisément ce qui rassure la banque, qui traite alors avec une personne dont la mission et les limites figurent dans une décision.
IV. Les comptes dont personne ne connaissait l’existence
Beaucoup de successions franco-israéliennes butent sur une difficulté plus élémentaire : les héritiers ignorent où le défunt détenait ses avoirs. Le ministère des Finances met à disposition un service public de recherche, Har HaKesef (הר הכסף), qui permet de localiser des comptes dormants et des avoirs financiers oubliés. L’administrateur de succession, lui, a qualité pour interroger directement les établissements et reconstituer l’actif — y compris un coffre dont la clé a disparu. Sans nomination, personne n’a le titre pour poser la question.
V. France – Israël : deux logiques de déblocage
La comparaison explique la plupart des malentendus :
- Le pivot n’est pas le même. En France, le notaire établit l’acte de notoriété et la banque débloque sur cette base ; en deçà d’un certain montant fixé par la règlementation, une attestation signée par les héritiers peut suffire. Israël ne connaît pas d’équivalent du notaire français réglant la succession : la procédure se déroule devant le Rasham ou le Tribunal des affaires familiales, conduite par l’avocat. Le notaire israélien — Notarion (נוטריון) est un avocat spécialement habilité, compétent pour les procurations, les certifications et les traductions, non pour le règlement de la succession.
- Les instruments européens s’arrêtent aux frontières de l’Union. Le règlement UE 650/2012 et le certificat successoral européen ne lient pas Israël : présenté au guichet d’une banque israélienne, un certificat européen ne produit aucun effet.
- Les mandats français n’ont pas d’équivalent direct. Mandat à effet posthume (article 812 du Code civil), mandat conventionnel entre héritiers (article 813), mandataire successoral désigné en justice (article 813-1) : aucun ne vaut, par lui-même, nomination d’un Menahel Izavon en Israël — et l’inverse est tout aussi vrai.
- La fiscalité ne se compare pas non plus. Israël ne connaît pas de droits de succession ; en revanche, si la succession comprend un bien immobilier, sa revente ultérieure soulève la question de l’impôt sur la plus-value immobilière — Mas Shevah (מס שבח), à examiner avant de vendre plutôt qu’après.
Conclusion – Pourquoi se faire accompagner par un avocat en administration de succession ?
Débloquer un compte israélien depuis la France, ce n’est pas remplir un formulaire : c’est articuler une décision israélienne, des pièces d’état civil françaises, des traductions certifiées et les exigences propres à un établissement bancaire. Chaque maillon manquant renvoie au point de départ. Le Cabinet ABITBOL & ASSOCIÉS réunit des avocats inscrits au barreau d’Israël et au barreau de Paris, ainsi qu’un notaire israélien : la requête devant le Registraire, la nomination d’un administrateur, les procurations et les traductions certifiées sont traitées dans une même chaîne, sans rupture entre les deux ordres juridiques.

C’est dans cette optique que le Cabinet ABITBOL & ASSOCIES, grâce à son expertise en droit des successions israélien et international, accompagne ses clients à chaque étape du déblocage des avoirs bancaires d’une succession en Israël et de l’administration de succession. Nos avocats veillent à ce que vos intérêts soient protégés et à ce que chaque démarche se déroule en toute sécurité.

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